7. Les communications synchrones

Après avoir reproduit le courrier postal, il a vite semblé utile de reproduire le téléphone sur Internet.

Une des premières applications de communication synchrone dans le monde Unix/Internet est le logiciel talk [parler]. Sur chaque poste de travail un serveur dormant (ce qu'on appelle un démon) attend un contact par un client de communication. Quand un tel appel arrive, le démon informe l'utilisateur demandé (s'il est logué) que tel utilisateur, sur telle machine, demande à le joindre. Si l'appelé répond (à l'aide d'un client talk), les deux utilisateurs sont mis en communication. Généralement, une fenêtre (ou un terminal) leur est présenté qui se divise en deux, chacun écrivant (simultanément) dans sa partie de la zone.

Ce système, bien que simple et léger, s'est trouvé, peu à peu, dépassé par des logiciels plus complexes permettant, notamment, la conversation à plusieurs. Le plus répandu, bien que techniquement imparfait, est IRC (Internet Relay Chat, conversation relayée sur Internet), qui date de 1988.

En parallèle de ce système existait sous Unix (write) puis sous Windows (winpopup) un système de mini-messages instantanés. Le système unixien était destiné à Internet, tandis que celui de Windows était taillé pour les réseaux locaux. Dans les deux cas, l'interaction était peu commode. Ces systèmes, ainsi que talk, ont périclité avec le développement des pares-feu du fait que leur fonctionnement exigeait que chaque poste de travail héberge un serveur (le démon de réception de messages). En effet, les pares-feu n'autorisent généralement les connexions entrant sur un réseau qu'en direction d'un nombre très limité de serveurs. Cette génération de logiciels a maintenant presque disparu.

Depuis l'avènement du web, de nouveaux systèmes de conversation et/ou messagerie instantanée ont vu le jour. Ils reposent sur un nouveau principe : les logiciels de communication (émission et réception) sont des logiciels clients qui se connectent sur des serveurs, souvent appelés réflecteurs ou ponts, qui assurent les mises en relation et le relais de conversations. IRC est un tel système de communication orienté vers la discussion d'un grand nombre d'interlocuteurs dans des groupes appelés canaux identifiés et généralement dédiés à des thèmes de discussion. Depuis existent d'autres systèmes orientés vers les conversations bipartites et les mini-messages. Les principaux sont (ou ont été) : ICQ [de « I seek you », « je te cherche »], le pionnier, AIM (AOL instant messenger, messagerie instantanée AOL), lié au fournisseur AOL, Yahoo! Messenger, lié au portail Yahoo!, MSN Messenger, lié à l'éditeur Microsoft, Jabber, un projet libre capable d'intégrer tous les précédents,et Skype, qui a popularisé les communications audio. Aujourd'hui ces logiciels évoluent pour intégrer toujours plus de modalités de communication synchrone : échange de documents, video, tableau blanc partagé, etc.

Pour éviter que les serveurs relais soient trop encombrés (et coûtent trop à leurs propriétaires), certains logiciels se sont adaptés pour que le “client” puisse devenir serveur (quand les parefeux le permettent). Dans certains cas le “client” devient même serveur-relais pour des communications qui ne le concernent pas. On parle alors de technologie peer to peer [de pair à pair].

Signalons que la tradition fait que nombre d'utilisateurs ne se présentent pas sous leur identité réelle mais par un pseudonyme [nickname].

Les URI pour IRC ne sont pas encore (2007) standardisées, toutefois, le principe général est le suivant :

irc://serveur-ou-groupe/canal

Avec l'augmentation des débits, l'audio- et la video-conférence ont maintenant acquis une vraie place sur Internet. Pour l'instant ces systèmes sont encore largement cantonnés à la discussion bipartite, mais il est probable que le futur leur réserve une large place.

Dans le domaine des évolutions ultérieures, il est également probable que les mini-messages téléphoniques (SMS) et Internet se rapprocheront. L'obstacle est, pour l'instant, que les premiers sont payants tandis que les seconds sont gratuits.