5. Organisation politique et économique d'Internet

5.1. L'économie et le politique pour Internet

Internet n'est pas contrôlé par une organisation centrale, que ce soit au niveau de l'exploitation technique, de l'administration du réseau, du contrôle de l'utilisation, ou de la facturation des services. Il n'existe que des instances techniques chargées de l'élaboration et de l'adoption des protocoles et, de façon décentraliséee, de l'attribution des adresses IP et des noms de domaine. Les coûts et rétributions sont, eux, de la responsabililté des opérateurs des réseaux qui composent Internet, de même que toutes les questions d'ordre matériel et pratique.

5.2. Organisation politique d'Internet

Internet est organisé par l'Internet Society [Société de l'Internet], ISOC, http://www.isoc.org/, association des professionnels d'Internet, comprenant des chapitres locaux et nationaux, dont l'Internet Society France, ISOC-France, http://www.isocfrance.org/. Elle abrite en son sein un certain nombre de groupes de travail réfléchissant sur les différents aspects d'Internet. Ces instances sont (pour la plupart) supervisées par l'Internet Architecture Board [conseil de l'architecture d'Internet], IAB, qui peut intervenir comme instance d'appel. Elles comprennent :

  • L'Internet Engineering Task Force [groupe de travail technique d'Internet], IETF, chargé de l'élaboration des documents techniques et standards, lui-même divisé en groupes de travail spécialisés,

  • L'Internet Engineering Steering Group [comité de pilotage technique d'Internet], IESG, chargé du pilotage des activités de l'IETF et de l'adoption des standards,

  • L'Internet Research Task Force [groupe de recherche sur Internet], IRTF, chargé de la recherche et de l'évolution à long terme des techniques d'Internet.

L'ISOC dispose, par ailleurs, d'un groupe de travail sur les rapports entre Internet et la société (ISTF, Internet Societal Task Force).

Les chapitres précédents ont montré un rôle essentiel de certains numéros désignant des réseaux et des ports de services. Les cours suivants montreront de nombreux autres registres similaires : noms de protocoles, types de fichiers, etc. À l'origine ces numéros étaient gérés par l'Internet Assigned Numbers Authority [autorité des numéros réservés/attribués], IANA, en lien avec l'IAB. Depuis 1998, cette autorité est remplacée par l'International Corporation for Assigned Names and Numbers [société internationale des noms et numéros réservés/attribués], ICANN. Il s'agit d'une société de droit californien.

Dans la mesure où les décisions de l'ICANN s'imposent de fait à tous les États, dans un domaine manifestement stratégique, de nombreuses voix s'élèvent, en particulier celle de l'ONU, pour demander que ses fonctions soient prises en charge par l'ONU ou par une autre forme de coopération internationale. Aujourd'hui cette société est soumise, de droit, au ministère du commerce étatsunien, qui y dispose d'un droit de veto.

Le Worl Wide Web, qui n'est qu'un des nombreux services d'Internet, est lui, pour des raisons historiques, organisé par une organisation spécifique, le World Wide Web Consortium, W3C. C'est le W3C qui définit ses standards.

5.3. Internet et la normalisation

[2] Dans les deux cas d'Internet et du web, l'activité de normalisation a (presque) complètement échappé aux organismes de normalisation, qu'ils soient internationaux (l'ISO en général et l'UIT-T pour les télécoms) ou nationaux (ANSI aux USA, AFNOR en France, DIN en Allemagne) qui sont composés de représentants d'organismes techniques dépendants des gouvernements et d'intérêts industriels, dont ni les documents de travail, ni les documents finaux, ni les discussions ne sont généralement publics,... et dont les normes sont parfois difficiles à obtenir, ce serait-ce qu'en termes de coût. Certaines normes, la liste des codes de pays par exemple, sont vendues à des prix exorbitants.

L'Internet a (donc) conçu sa propre procédure de “normalisation”[3].

N'importe qui peut être à l'origine d'un standard Internet ; il suffit d'envoyer une proposition à l'IAB par courrier électronique. Les projets de standards sont rédigés par des groupes de travail, au sein de l'IETF, et rendus publics d'abord sous forme d'Internet Draft [projet Internet], puis sous la forme de RFC, Request For Comments [appel à commentaire]. Les RFC peuvent être ensuite qualifiés de Proposed Standard Protocol [proposition de protocole standard]. Après une période de commentaires et de tests, ils passent à l'état de Draft Standard Protocol [projet de protocole standard], puis de Standard Protocol [protocole standard] ou de Experimental Protocol, si les tests de validation ou les avis ne sont pas positifs. Tous les RFC (et Drafts Internet) sont publics et disponibles via Internet sur de nombreux sites, notamment en France à l'adresse ftp://ftp.inria.fr/rfc.

Certaines RFC ne visent pas des standards mais servent à la diffusion d'informations ou de réflexions et sont étiquetés FYI, For Your Information [pour information]. C'est le cas de la fameuse Netiquette [Netiquette], le “manuel du savoir-vivre” d'Internet, qui fut publiée sous le registre RTF 1855/FYI 28 en octobre 1995. En douze ans Internet a beaucoup changé mais ce document reste, pour l'essentiel, d'actualité.



[2] Un autre cours traitera précisément de la question des normes et standards.

[3] Il faut néanmoins noter que les normes ont quasi force de loi et que, par conséquent, ne peut s'appeler « norme » que ce qui est établi par une autorité de normalisation officielle.