Un des atouts essentiels des réseaux informatiques modernes est l'extrême décentralisation de leur gestion. Au niveau physique le réseau appartient à qui décide de faire passer des câbles. Au niveau de la liaison de données, les choix appartiennent aux opérateurs de boucles ou réseaux locaux. Pour ce qui est d'Internet, les adresses sont réparties entre grands fournisseurs continentaux et nationaux qui font office de grossistes pour des opérateurs nationaux qui, eux-mêmes, peuvent fournir (en cascade) des opérateurs plus petits et finalement l'utilisateur final. De même, signalons que le routage est organisé de façon principalement locale, chaque routeur repérant l'état du réseau avoisinant (ce fut aussi une révolution). Pour cette raison, parce qu'il est dépourvu de point central, Internet existera tant que deux ordinateurs seront connectés par un chemin valide. On le voit, le système est particulièrement robuste.
Cette extrême décentralisation, doublée du fait que les adresses ont une pertinence géographique (pour être précis, en topologie du réseau), fait que les adresses IP ne sont pas pertinentes pour représenter des adresses pour la couche des services d'application. Imaginons qu'une société aie un serveur web à Paris et un autre à Hong-Kong, leurs adresses IP n'auront rien de commun, alors qu'il est souhaitable qu'ils soient connus de façon similaire.
Autre difficulté : si je veux envoyer une requête vers le serveur
web de l'IUFM de Poitou-Charentes je devrais envoyer une requète à
195.83.251.182 : 80. De fait, si j'entre
195.83.251.182:80 comme adresse dans mon navigateur,
j'obtiendrais effectivement ce service,... du moins à la date
d'aujourd'hui (2007). Un jour cependant ce service sera peut-être dévolu
à une autre machine. On me dira : il suffit de conserver cette adresse
IP. Certes, mais si l'on veut un jour faire assurer le service de
courrier et le service web par deux machines différentes alors qu'il
s'agit, aujourd'hui de la même machine, donc du même numéro ? Ou encore,
imaginons que le service soit délocalisé en Inde (peu probable dans ce
cas)...
Troisième type de difficulté : www.google.com
est un service demandé par un très grand nombre d'utilisateurs
simultanément. Même à un coût exorbitant, une machine ne pourrait
assurer seule ce service. On le voit, il faut disposer d'un système
d'adresses qui permette de gérer les services indépendamment de la
réalité de la machine ou des machines qui l'assurent.
Enfin, les adresse IP numériques n'évoquent rien à l'être humain. Ceci n'est pas le plus grave : c'est déjà le cas des “adresses” téléphoniques et, dans une certaine mesure, des adresses postales.
Pour toutes ces raisons, il est préférable de désigner les
machines par des noms organisés de façon plus signifiante et liée aux
activités humaines. Ainsi le nom
www.poitou-charentes.iufm.fr désigne-t-il une (ou
plusieurs) machine de façon claire : c'est la machine nommée
www dans le domaine
poitou-charentes.iufm.fr appartenant à l'IUFM de
Poitou-Charentes, lui-même à l'intérieur du domaine interuniversitaire
iufm.fr géré par le CIRIL à Nantes pour les IUFM,
lui-même à l'intérieur du domaine fr géré par
l'AFNIC pour le territoire
français, lui-même à l'intérieur du domaine global sous l'autorité de
l'ICANN (à la suite de
l'IANA) et géré par l'InterNIC. Ce système permet de
découpler largement un système d'adresses pertinent pour les
applications et les humains (les deux “couches” les plus élevées) : le
système des noms, et un système d'adresses pertinent pour les couches
réseaux (3 et 4) : les adresses IP numériques.
L'association d'une adresse IP à un nom de machine et réciproquement est obtenue grâce au service des noms de domaines ou, simplement, service de noms, en abrégé le DNS.
Très rapidement le système des noms a été organisé
hiérarchiquement en domaines. Au début, le système américain était
composé de quelques domaines à trois lettres, au premier niveau de la
hiérarchie : edu (établissements d'éducation),
com (entreprises à but lucratif),
gov (gouvernemental étatsunien),
mil (défense étatsunienne), net
(exploitation du réseau), org (le reste). Plus tard,
d'autres domaines internationaux (TLD : top-level
domains) ont été ouverts :
Tableau 3.4. Domaines de premier niveau [top-level] du DNS (2007)
| TLD | attribution |
|---|---|
aero | aéronautique (propriétaire) |
biz | business |
cat | culture et langue catalane (propriétaire) |
com | commercial, international |
coop | coopératives (propriétaire) |
edu | éducation, nord-américain (réglementé) |
gov | gouvernemental, étatsunien (réglementé) |
info | information (tous usages) |
int | organisations internationales (réglementé),cf. IANA |
jobs | sociétés de recrutement (propriétaire) |
local,
lan | pseudo-domaines à usage purement local |
mil | militaire, étatsunien (réglementé) |
mobi | services pour Internet mobile/cellulaire (propriétaire) |
museum | musées (propriétaire) |
name | personnes physiques (par nom de famille) |
net | exploitation du réseau |
org | ONG et associations à but non lucratif (anciennement : tous usages) |
pro | professions libérales |
tel | personnes physiques (propriétaire, attendu fin 2007) |
travel | industrie touristique, voyagistes (propriétaire) |
arpa, uucp,
tld, etc. | pseudo-domaines ayant une fonction technique |
Depuis l'extension de l'Internet au reste du monde, à chaque
pays et territoire correspond un domaine de premier niveau
(ccTLD : country code
TLD). Par exemple [cf. IANA pour plus] :
Tableau 3.5. Quelques “country code top-level domains” du DNS
| ccTLD | pays ou territoire |
|---|---|
eu | Union européenne |
fr | France (pays ou France métropolitaine) |
nc | Nouvelle Calédonie (POM) |
gf | Guyane française (DOM) |
gp | Guadeloupe (DOM) |
mq | Martinique (DOM) |
re | Réunion (DOM) |
pf | Polynésie française (TOM) |
tf | Terres australes et antarctiques françaises (TOM) |
wf | Wallis-et-Futuna (TOM) |
pm | St. Pierre et Miquelon (collectivité) |
yt | Mayotte (collectivité) |
ad | Andorre |
mc | Monaco |
be | Belgique |
lu | Luxembourg |
ca | Canada (pour le Québec :
qc.ca) |
dz | Algérie (Djazaïr) |
ma | Maroc |
tn | Tunisie |
uk | Royaume Uni (United kingdom) |
nl | Pays Bas (Nederlands) |
de | Allemagne (Deutschland) |
ch | Suisse (Confédération helvétique) |
it | Italie |
es | Espagne |
pt | Portugal |
st | Saõ Tome et Principe |
Chaque domaine peut avoir des sous-domaines. Ainsi
poitou-charentes.iufm.fr est un sous-domaine de
iufm.fr qui lui-même est un sous-domaine de
fr. L'ensemble de ces domaines, emboîtés les uns dans
les autres forme le DNS, Domain Name
System [système des noms de domaines]. Il a la structure
d'un arbre. Cet arbre est construit par un système d'autorités. Chaque
autorité gère un ensemble de domaines à l'intérieur desquels elle a la
possibilité de créer des sous-domaines et de déléguer leur gestion à
d'autres autorités.
Dans le cas des domaine fr et
re, gérés par l'AFNIC, on distingue (notamment) les
sous-domaines suivants, dits de domaine public :
Tableau 3.6. quelques domaines du DNS
| domaine | attribution | exemple |
|---|---|---|
.fr | France (République française ou France métropolitaine) | univ-poitiers.fr |
.asso.fr | association | amnesty.asso.fr |
.com.fr | commercial | mercator.com.fr |
.tm.fr | marque déposée | cadremploi.tm.fr |
.nom.fr | personne physique française ou en France | delmas-rigoutsos.nom.fr |
.prd.fr | projet ou programme de R&D | unrpc.prd.fr |
.presse.fr | établissement ou titre de presse | esprit.presse.fr |
.re | Réunion (DOM) | temoignages.re |
.asso.re | association du DOM réunionais | reunion-equitable.asso.re |
.nom.re | personne physique résidant dans le DOM | |
.com.re | commercial (ouvert seulement au DOM) |
Les autres domaines nationaux et territoriaux cités plus haut
ont des règles similaires. Elles sont indiquées sur le site web de
l'autorité qui les gère.
Le DNS utilise un système distribué de serveurs de noms [nameservers] qui peuvent fournir pour chaque nom une ou plusieurs adresses IP et, inversement, pour chaque adresse IP une liste de noms lui correspondant. Ce service dispense chaque machine d'avoir une table complète de tous les noms et adresses IP correspondantes.
Ces serveurs font généralement autorité pour un ou plusieurs
domaines. Par exemple, le serveur de nom de l'IUFM de Poitou-Charentes,
aragorn.poitou-charentes.iufm.fr, fait autorité pour
le seul domaine poitou-charentes.iufm.fr. En dehors
de ce domaine d'autorité, chaque serveur de nom donne l'information dont
il dispose, si nécessaire en se renseignant auprès d'un serveur mieux
informé. Les informations ne faisant pas autorité sont conservées un
certain temps puisqu'il est fréquent qu'elles servent plusieurs fois à
brève échéance. Elles ne sont généralement pas conservées très longtemps
(souvent 6 heures au maximum) pour limiter le risque de retransmettre
une valeur obsolète.